Quand mes yeux s'expriment
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Je viens juste de revenir de Lourdes. J’y suis partie pour souffler, me recentrer et poursuivre un travail intérieur déjà bien entamé autour de ma lignée maternelle. Dans le cadre de ma formation en psychogénéalogie, certains blocages liés à ma grand-mère demandent encore à être éclairés. Revenir sur ses terres, dans les Hautes-Pyrénées, avait donc pour moi quelque chose d’évident.
Quelques jours plus tôt, l’ophtalmologiste m'a détecté une tension oculaire. Des examens complémentaires sont prévus en juillet. Bien sûr, je prends cela au sérieux sur le plan médical. Derrière cette réalité bien concrète, une autre question s’est imposée à moi.
Qu’est-ce que mes yeux cherchent à me montrer ?
Qu’est-ce que je n’ai pas encore vraiment regardé ?
Quelle part de mon histoire demande aujourd’hui à être vue autrement ?
Lourdes n’est pas un lieu neutre pour moi
Je suis née à Lourdes. Dans ma lignée, ce lieu n’est pas un simple décor. Il porte quelque chose de plus grand, de plus ancien, de plus mystérieux aussi. Ma famille maternelle a vécu à Lourdes et dans les environs. J’y suis revenue avec mes questions, mes peurs et mes émotions du moment.
Cette problématique autour des yeux m’angoisse profondément. Ma tante a vécu la même chose. Aujourd’hui, elle se déplace avec une canne blanche et ne distingue plus qu’un dixième sur un œil.
Cette réalité m’a bouleversée. D’autant plus que j’avais déjà eu quelques alertes il y a plusieurs années… que j’ai préféré minimiser. Avec le recul, je vois bien la part de déni dans laquelle je me suis maintenue. Sans doute parce qu’il touche à quelque chose de très concret : la peur de ne plus voir, la peur de perdre mon autonomie, la peur de ne plus pouvoir travailler — et à quelque chose de beaucoup plus symbolique en même temps.
Lorsque les yeux se manifestent, la question du regard finit forcément par arriver.
Qu'est-ce que je refuse de voir ?
Que n’ai-je pas encore osé regarder en face ?
Quelle douleur a été décrite… sans avoir été réellement traversée ?
À Lourdes, un exercice m'a ramenée en 1984
Je ne m’attendais pas du tout à cela. Pourtant, avec le recul, je trouve ça logique. Un évènement de 1984 est remonté à la surface lors de mon dernier module de formation, début juin. Je suis partie à Lourdes la semaine suivante. Naturellement, une fois sur place, un exercice d’écriture m’y a ramenée une nouvelle fois. Cette nuit avait laissé une empreinte profonde dans mon corps. Pourtant, j’avais déjà beaucoup travaillé sur cet épisode. Je pensais l’avoir apaisé une bonne fois pour toutes...
Ce jour-là, à Lourdes, j’ai commencé une lettre à deux mains, à 42 ans d'intervalle, entre la femme de 65 ans que je suis aujourd’hui et la jeune femme de 23 ans que j’étais en 1984. Et très vite, quelque chose s’est ouvert.
J’avais déjà raconté cet épisode dans mon premier livre, Enfin Libérée, en 2015. J’avais posé les faits, tenté de mettre de l’ordre dans une réalité profondément malsaine, avec mes mots et mes ressources de l’époque.
Cette fois, ce n’étaient plus seulement les faits qui revenaient. C’était mon vécu de l’époque. La peur brute. L’insécurité. La confusion. La sensation de vivre mes derniers instants. La peur de devenir folle sous les coups et les abus. La terreur face à mon bourreau. L’impossibilité de fuir.
Même les policiers ne m’avaient pas prise au sérieux.
Ces mêmes sensations m'étaient déjà revenues lors de l'accompagnement d'une cliente, victime de violence en tout genre. Je pensais avoir libéré tout ce traumatisme après la publication de son livre, en janvier 2025, mais non ! Il en restait encore... bien enfoui dans mon inconscient.
Écrire cette lettre à deux mains a été très révélateur dans mon cheminement. J'ai pu regarder la situation sous un autre angle, me reconnecter à la jeune femme de 23 ans, comme si elle me disait : "Tu as raconté ce qui s’est passé. Maintenant, peux-tu entendre ce que j’ai ressenti ?”
Après six pages de dialogue, j’ai touché des couches bien plus profondes du traumatisme. J’ai compris que certaines peurs étaient encore là, bien vivantes, malgré tout le chemin parcouru. J'ai alors mis en lumière mon besoin de sécurité, traduit à plusieurs reprises par des maux de dos (lombalgies, sciatiques). Oui, cette nuit-là, j'étais effectivement, en totale insécurité !
Aujourd'hui, je réalise...
Je peux écrire, analyser, comprendre, donner du sens, accompagner les autres sur leur chemin de libération. Malgré tout, certaines couches plus profondes restaient en attente. Elles cherchaient, elles aussi, à attirer mon attention.
Simplement parce que mon âme a son propre rythme, mon corps aussi. Il s'est exprimé à plusieurs reprises, sans que je l'écoute vraiment...
Cette ancienne blessure est revenue non pas pour me faire replonger dans l'horreur du moment, mais pour être regardée avec plus de vérité, plus de douceur, plus de conscience qu’autrefois.
En 2015, j’avais raconté les faits.
En 2026, à Lourdes, j'ai enfin laissé remonter mes émotions de l'époque. J'ai vivement ressenti (jusqu'à en vomir), cette peur viscérale et ce profond dégoût que je n'avais jamais vraiment accueilli jusque-là.
Et si mes yeux participaient, eux aussi, à cette conversation intérieure ?
Le corps grossit un problème pour oser le regarder
Cette phrase m’a profondément marquée ces derniers jours. Comme si mon corps, à sa manière, cherchait à attirer mon attention. Non pas pour me punir ou m'effrayer, mais pour m'inviter à ralentir, me poser et regarder autrement.
Je ne crois pas aux explications simplistes ni qu’il faille tout interpréter ou tout symboliser. Un symptôme médical reste un symptôme médical. Il mérite un suivi, des examens, un cadre sérieux.
En revanche, je crois profondément que nous pouvons nous poser une question complémentaire : “Qu’est-ce que cette alerte vient éclairer dans ma vie intérieure ?”
Dans mon cas, la question du regard s’est imposée.
Parce que mes yeux voient le monde, bien sûr. Ils portent aussi les images imprimées en moi, les peurs anciennes, les scènes marquantes, les silences, les non-dits, les blessures de l’enfance, les chocs, les secrets, les deuils, les loyautés familiales et tout ce que j’ai tenté d’enfouir pour continuer à avancer.
Et s'ils voulaient me montrer que j'en porte encore la mémoire ?
Alors je me demande : "Mes yeux me parlent-ils seulement d’aujourd’hui ou me ramènent-ils à cette part de moi qui a trop vu, trop encaissé, trop gardé en silence ?"
Il existe une différence immense entre "raconter" et "ressentir".
C’est peut-être cela, le cœur de ce que je vis en ce moment. Pendant longtemps, j’ai cru que raconter suffisait. Pas toujours consciemment, bien sûr. Raconter est déjà un pas immense. Mettre des mots sur mon histoire, c’est sortir du brouillard, remettre de l’ordre, reprendre un peu de pouvoir sur ce qui m'a échappé.
Sauf qu’il arrive un moment où mon histoire ne demande plus seulement à être racontée, mais ressentie autrement, accueillie, regardée avec la femme d'aujourd'hui.
Elle a besoin d'être rejointe là où, autrefois, j'étais seule, terrorisée, sidérée, sans mot, sans repère, sans sécurité.
À Lourdes, j’ai senti cela très fort.
La femme d’aujourd’hui ne venait pas juger la jeune femme de 1984, elle ne venait pas lui dire “tu aurais dû” ni corriger son passé. Elle venait lui tendre la main et lui dire : “Je te vois. Je vois ta peur. Je vois ce que tu as traversé. Je vois à quel point tu t’es sentie en danger. Je vois la solitude, le chaos, la confusion. Et je ne vais plus détourner le regard.”
Peut-être que la guérison commence là
Pas dans le fait d’avoir toutes les réponses, de comprendre parfaitement chaque symptôme, de relier absolument chaque douleur à une cause précise. Peut-être que la guérison commence parfois dans un geste plus simple : ne plus détourner le regard de soi-même et accepter de :
Regarder la peur,
Regarder l’enfant, la jeune femme ou l’ancienne version de moi-même qui a vécu quelque chose de trop grand pour elle,
Regarder la mémoire familiale qui remonte,
Regarder ce que mon corps essaye de me dire depuis longtemps.
Regarder ce qui tremble encore derrière ma force, mon humour, le “ça va”, les années qui passent.
Regarder, non pour me faire violence ni pour me noyer dans le passé, mais pour remettre de la présence là où j'ai connu la solitude.
Ce que l’écriture permet quand les mots sont prêts
Je le répète souvent, parce que je le vis profondément : "l’écriture n’est pas là pour faire joli. Elle n’est pas là uniquement pour produire un texte, remplir des pages ou “faire son développement personnel”.
L’écriture ouvre un espace rare.
Un espace où le mental ralentit.
Un espace dans lequel le corps peut souffler.
Un espace où une mémoire enfouie peut remonter sans nous submerger complètement.
Un espace où l’on peut enfin laisser parler la part de soi qui n’avait jamais eu la parole.
Ma lettre à deux mains, écrite à Lourdes, en est un exemple.
Elle n’a pas effacé le passé, n’a pas répondu à toutes mes questions, n’a pas remplacé les examens médicaux ni les précautions nécessaires, mais elle a créé une rencontre entre la jeune femme de 23 ans en grande souffrance et la femme d'aujourd'hui, de 65 ans, qui a beaucoup cheminé.
Et si, toi aussi, ton corps essayait de te parler ?
Peut-être traverses-tu, toi aussi, une période où quelque chose insiste : une fatigue, une douleur, une peur, un événement du passé qui remonte sans prévenir, une émotion que tu croyais réglée, mais qui refait surface, une sensation confuse, comme si une part de toi demandait enfin de l’attention ?
Je ne te dirai jamais de remplacer un avis médical par une interprétation symbolique. Ce serait absurde et dangereux. En revanche, je crois qu’il peut être précieux de te poser, en parallèle, une question toute simple : "Qu’est-ce que la vie essaie de te montrer en ce moment ?" Pas pour te faire peur, te juger ni te convaincre que tout vient du passé.
Simplement pour écouter vraiment ce que la vie tente de te dire.
Il arrive que le corps nous arrête là où notre âme réclame la présence.
Il arrive que les symptômes nous obligent à ralentir assez pour entendre ce que nous couvrions jusque-là par l’action, le contrôle ou l’habitude de tenir. Il arrive qu’un lieu, un souvenir, un exercice d’écriture, un mot entendu au bon moment viennent éclairer d’un jour nouveau ce que nous pensions connaître.
Si cet article résonne en toi, je te propose un exercice très simple.
Prends ton cahier. Respire quelques instants, puis choisis l’une de ces phrases :
“Ce que mon corps cherche à me montrer aujourd’hui…”
“La part de moi que je ne veux plus laisser seule…”
“Si mes yeux pouvaient me parler, voici ce qu’ils me diraient…”
Écris sans chercher à bien faire. Écris sans te censurer. Écris sans vouloir tout comprendre immédiatement. Laisse venir les images, les émotions, les souvenirs, les résistances aussi. Puis relis doucement et demande-toi : "Qu’est-ce que je vois aujourd’hui avec plus de vérité qu’hier ?"
Parfois, la libération ne commence pas par une grande révélation. Elle commence par un regard plus tendre posé sur soi. Et cela change déjà beaucoup de choses.
Ce séjour à Lourdes m’a donné envie d’aller plus loin. Pas seulement pour moi, mais aussi pour celles qui sentent qu’un pan de leur histoire demande à être regardé autrement, avec douceur, à travers l’écriture.
J'envisage d'animer, à l'automne, un séminaire d'écriture de trois jours à Lourdes. L'idée serait d'y proposer un espace intime, apaisant et profondément transformateur : pour lâcher ce qui te pèse, éclairer ton histoire, avancer dans un travail d'écriture thérapeutique... ou commencer à poser les premières pierres d'un livre.
Si cette proposition résonne en toi, tu peux m'envoyer un message avec tes coordonnées pour pré-réserver ta place. Je t'enverrai les informations pratiques dès que le projet sera finalisé. Attention, seules 10 places sont ouvertes !
Pour aller plus loin
J'ai mis en ligne deux alternatives pour t'accompagner sur ton chemin d'évolution. Chacune d'entre elles t'apporte trois possibilités : un livre, un programme en ligne autonome ou un accompagnement individuel.
Si cet article t’a parlé, n’hésite pas à le partager autour de toi.
Il pourra peut-être résonner chez une femme (ou un homme)
qui a besoin de regarder son histoire autrement.







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